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Santé mentale : oser en parler au travail

Pourquoi parle-t-on encore si peu de santé mentale au travail ? Un baromètre inédit mené auprès de dirigeants et de salariés de TPE et PME éclaire les freins et les leviers pour agir.

Interview de Pascale Soyeux, Membre du comité exécutif du Groupe en charge de la santé-prévoyance et des accords de branches et Angèle Malâtre-Lansac, Déléguée générale de l’Alliance pour la santé mentale

Publié le 22 octobre 2026 # Santé

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Une personne sur cinq est touchée chaque année par des troubles psychiques, et la santé mentale reste pourtant un sujet difficile à aborder au travail. Premier du genre, le baromètre santé mentale des dirigeants et salariés de TPE et PME, produit par AG2R LA MONDIALE en partenariat avec l’Alliance pour la santé mentale et réalisé par Ipsos bva, met en miroir leurs perceptions et révèle des écarts qui interrogent la communication et le ciblage des dispositifs de prévention. Pascale Soyeux, Membre du comité exécutif du Groupe en charge de la santé-prévoyance et des accords de branches, ainsi qu’Angèle Malâtre-Lansac, Déléguée générale de l’Alliance pour la santé mentale, reviennent sur ses enseignements et sur les moyens d'agir, notamment pour les salariés qui traversent des difficultés.

Quand on parle de santé mentale, qu'est-ce que cela recouvre ?

Pascale Soyeux : Je me réfère à la définition de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) : “la santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux défis quotidiens, de travailler de manière productive et de contribuer à la communauté”. Elle englobe bien plus que l'absence de troubles ou de maladies psychiques. Chez AG2R LA MONDIALE, nous en avons fait un fil rouge, parce que nous intervenons à toutes les étapes de la vie de nos assurés, et que chacune peut peser sur la santé mentale : la naissance d'un enfant, un divorce, un deuil, le passage à la retraite, ou encore le rôle d'aidant, qui représente une charge mentale très forte. L'environnement professionnel joue aussi. Tout cela forme un tout.

Angèle Malâtre-Lansac : Je prends moi aussi toujours cette définition de l’OMS, parce que la santé mentale est un sujet longtemps resté tabou. On ne parle pas ici de la maladie ou des troubles psychiques, même si ces sujets sont liés : les troubles psychiques touchent une personne sur cinq chaque année(1). Mais la santé mentale, c'est comme la santé physique : nous en avons toutes et tous une. Et on ne laisse pas sa santé, physique ou mentale, à la porte de l'entreprise. Quand on a passé la nuit au chevet d'un enfant en situation de handicap et qu'on a une réunion à 8h30, cela a évidemment un impact très direct.

On ne laisse pas sa santé, physique ou mentale, à la porte de l'entreprise.

Pourquoi vous être associés pour réaliser une étude sur la santé mentale ?

Angèle : L'Alliance pour la santé mentale se positionne comme un « think tank » : nous réfléchissons, nous mobilisons, nous sensibilisons et nous documentons ce sujet. Nous portons aussi une charte d'engagement pour la santé mentale au travail, signée aujourd'hui par 230 organisations, dont AG2R LA MONDIALE, qui figure parmi les signataires pionniers. Plus de la moitié de nos signataires sont des TPE et PME. Contrairement aux grands groupes, elles sont souvent démunies, mais elles ont une vraie volonté d'agir. Associer nos expertises nous a semblé naturel et très complémentaire.

Pascale : Mener seuls cet exercice n'aurait pas eu vraiment de sens. L'Alliance pour la santé mentale défend la même vision globale du sujet, et la meilleure preuve, c'est que nous nous référons à la même définition sans nous être concertées. Elle aborde le sujet avec beaucoup de hauteur et de globalité, et avec une réelle volonté d'impact. Elle agit dans l'intérêt général, ce qui rejoint les valeurs d'AG2R LA MONDIALE. En effet, nous sommes un groupe paritaire et mutualiste, nous n’avons pas d’actionnaires à rémunérer. Ce que nous faisons, c’est redistribuer la richesse que nous créons à travers des actions qui créent de la valeur pour la collectivité.

Quelle est la spécificité de ce baromètre ?

Angèle : Il en a deux. La première est de s'intéresser spécifiquement aux TPE et PME. On a souvent une vision centrée sur les grands groupes, avec des dispositifs impossibles à déployer dans une petite structure. La seconde est l'effet miroir entre salariés et dirigeants : comparer leurs perceptions, ce qui n'avait jamais été fait.

Pascale : Dans une TPE de trois personnes, le patron est à la fois DRH et comptable : il ne peut pas tout faire. Il est important de s'intéresser à ces entreprises, qui composent l'essentiel du tissu économique en France. Elles représentent 99 % de celui-ci.

Quelles grandes tendances ressortent de cette étude ?

Pascale : Trois éléments m'ont frappée. D'abord, 86 % des dirigeants de TPE et PME se disent en bonne santé mentale, alors que près de 40 % déclarent un stress au moins hebdomadaire : cet état de stress devient presque une normalité. Ensuite, beaucoup de salariés estiment que leur dirigeant n'est pas exposé au stress. Enfin, les salariés trouvent plus facile d'assumer un arrêt de travail pour une raison ordinaire qu'un arrêt lié à la santé mentale. Cela ne devrait pas être tabou, ce qui veut dire que ça le reste. La santé mentale ne doit pas rester une déclaration de grande cause nationale : il faut passer à l'acte, parce que le besoin est réel.

Angèle : Je partage ce constat d'un angle mort sur la santé mentale des dirigeants : ils ne la voient pas alors qu'ils sont très stressés, et ils renoncent à se soigner, à s'arrêter. L'écart de perception entre dirigeants et salariés est également marquant : c'est quasiment du simple au double, les dirigeants ont le sentiment d'en faire deux fois plus que ce que perçoivent les salariés. La question n'est donc pas seulement de savoir quoi faire, mais comment faire en sorte que cela fonctionne vraiment. Enfin, les TPE et PME sont prêtes à agir : 70 % considèrent que c'est un investissement utile. Leur enjeu n'est budgétaire que pour 15 % d'entre elles : il tient surtout au temps et, plus encore, au fait de savoir quoi faire, avec des outils très concrets.

Un décalage de perception entre les dirigeants et les salariés apparaît sur l’utilité de la prévention. Comment mieux adapter les dispositifs à la situation de l'entreprise ?

Pascale : Il faut d'abord les rendre visibles. Beaucoup de choses existent déjà, et nous constatons des difficultés sur les taux d'usage. Si l'information tient dans un dépliant rangé au fond d'un tiroir, on n'y pense plus. Ensuite, l'accès au service doit être facile. Quand on est en situation de détresse et qu'on doit consulter une page internet qui renvoie à un numéro, lequel renvoie à un autre numéro, on perd la personne. On touche ici à l'intime : dire que l'on a besoin d'aide n'a rien de simple. On peut avoir le meilleur service du monde : s'il n'est pas visible ou s'il est difficile d'accès, il ne fonctionnera pas.

On peut avoir le meilleur service du monde : s'il n'est pas visible ou s'il est difficile d'accès, il ne fonctionnera pas.

Angèle : J'ajouterais qu'en prévention, il faut une approche globale. Santé mentale et santé physique sont totalement liées. Le sport, la déconnexion, le sommeil font pleinement partie de la santé mentale : ce sont des leviers de prévention essentiels, qui ne sont pas toujours perçus comme tels.

Vers qui dans son entreprise un salarié en difficulté peut-il se tourner quand il éprouve des difficultés ?

Pascale : L'étude y répond, ce sont les collègues qui arrivent en premier, puis le manager et la médecine du travail. Le médecin du travail est peu plébiscité. La médecine du travail est souvent externalisée et vécue par les entreprises comme une case à cocher, ce qui pose la question de son rôle. Le manager, en revanche, n'arrive pas si loin dans le classement, ce qui m'a assez surprise. Mais 48 % n'en parlent pas : c'est presque un sur deux. Certains salariés disent aussi ne pas s'arrêter par crainte pour leur rémunération, ce qui m'a étonnée : avec les conventions collectives, il existe des maintiens de salaire par l'employeur en cas d'arrêt.

Angèle : Près de la moitié des salariés, c’est énorme. Quand on leur demande pourquoi, près de 40 % répondent que cela ne servirait à rien, et 18 % qu'ils n'avaient personne à qui en parler. Cela pose la question de la formation des managers. Si l'on libère la parole et qu'en face, le manager n'a pas été formé, soit il se braque, soit il tombe dans une forme de sur-empathie et prend tous les problèmes sur lui. L'entreprise n'est pas un cabinet de psychothérapie : l'enjeu est de former à la juste posture. J'accueille, j'oriente, je sais vers qui me tourner, la médecine du travail, une ligne d'écoute. Libérer la parole à tout prix ne suffit pas, il faut aller plus loin. Quand l'entreprise ne relève pas d'une convention collective, ce qui est le cas de nombreuses TPE, la baisse de rémunération pendant un arrêt de travail peut être réelle, notamment la première année. La peur de la sanction reste forte.

 

(1) Troubles mentaux et représentations de la santé mentale : premiers résultats de l'enquête Santé mentale en population générale | Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques.

Les résultats du baromètre en bref

Des dirigeants qui tiennent mais sous pression
  • 86 % des dirigeants de TPE et PME se disent en bonne santé mentale, mais 64 % vivent des périodes de stress intense au moins de temps en temps, dont 17 % tous les jours ou presque, contre 8 % des salariés.
  • 54 % citent la situation économique comme source de tension, 52 % l'accumulation des délais et des urgences, et 39 % la difficulté à s'appuyer sur quelqu'un quand la pression monte.
  • 56 % ne peuvent pas s'arrêter quelques jours sans conséquences pour leur entreprise, et 42 % ont déjà continué à travailler alors que leur état de santé justifiait un arrêt.
  • 1 salarié sur 2 estime que son dirigeant n'est pas vraiment exposé à des risques pour sa santé mentale, ou ne s'est jamais posé la question.
Une parole encore difficile
  • 41 % des dirigeants disent que leur statut et l'image qu'ils doivent donner les dissuadent de parler de leurs difficultés.
  • 46 % des salariés déclarent avoir eu des problèmes de santé mentale dans l'année. Près de la moitié d'entre eux n'en ont pas parlé au travail, surtout parce que c'est un sujet trop personnel (42 %) ou que cela leur semblait inutile (37 %).
  • 61 % seulement des salariés se sentiraient libres de s'arrêter pour un problème de santé mentale, contre 74 % pour un problème de santé physique.
Un décalage de perception
  • 51 % des dirigeants attribuent d'abord les difficultés psychologiques de leurs salariés à leur vie personnelle, alors que 62 % des salariés concernés les relient au travail.
  • 79 % des dirigeants déclarent avoir mis en place des temps d'échange réguliers, mais seuls 41 % des salariés les identifient. 76 % des dirigeants jugent leurs actions efficaces, contre 55 % des salariés.
  • 15 % seulement des dirigeants citent le coût comme frein, loin derrière le manque de temps (38 %) et le fait de ne pas savoir comment s'y prendre (35 %). 48 % souhaitent un guide pratique avec des outils prêts à l'emploi.

Retrouver l'ensemble des résultats du baromètre.

Baromètre santé mentale des dirigeants et salariés de TPE et PME, réalisé par Ipsos bva pour AG2R LA MONDIALE et l'Alliance pour la santé mentale, auprès de 307 dirigeants de TPE et PME interrogés par téléphone du 1er au 17 juillet 2026 et de 1 000 salariés de TPE et PME interrogés en ligne du 7 au 15 juillet 2026. Les comparaisons entre dirigeants et salariés sont indicatives, les deux enquêtes ayant été menées selon des modes de recueil différents.

Extraits de la conférence sur la santé mentale des dirigeants et salariés de TPE et PME, organisée par AG2R LA MONDIALE et l'Alliance pour la santé mentale, le 9 septembre dernier à Paris.

Les actions d'AG2R LA MONDIALE en faveur de la santé mentale

Désignée Grande cause nationale en 2025, la santé mentale reste en 2026 un enjeu majeur de santé publique, et un enjeu majeur pour les entreprises. En tant qu'acteur majeur de la protection sociale, AG2R LA MONDIALE accompagne les employeurs dans la prévention des risques psychosociaux et met à la disposition des dirigeants et des salariés des solutions d'écoute, de sensibilisation et d'accompagnement. Cet engagement s'inscrit pleinement dans la raison d'être du Groupe : « Tous engagés pour prévenir, protéger, préparer chaque étape de nos vies ».

Un soutien psychologique 24 h/24 et 7 j/7 : un service d'écoute par téléphone, anonyme et confidentiel, assuré par des psychologues diplômés d'État, pour échanger sur des difficultés personnelles ou professionnelles. Un accompagnement dédié peut être proposé aux managers, pour les aider à faire face aux difficultés propres à leur rôle.

Mon Pack Bilan Santé : un bilan en ligne des habitudes de vie, complété par une séance de coaching santé avec un professionnel, pour identifier des pistes d'amélioration adaptées à chaque situation.

Pour aller plus loin : le Groupe propose aussi un accompagnement psychologique et administratif face au deuil, ainsi qu'un webinaire consacré au burn-out, ses signes, ses causes et sa prévention. Il soutient enfin le film d'animation « Signaux faibles », diffusé lors d'un tour de France de sensibilisation à la santé mentale en entreprise organisé de septembre à décembre 2026 par Les entreprises pour la Cité.

Nouveau : un guide pratique avec l'Alliance pour la santé mentale.

À partir de l'automne 2026, AG2R LA MONDIALE et l'Alliance pour la santé mentale réunissent des dirigeants de TPE et PME au sein de groupes de travail pour co-construire un guide pratique, doté d'outils directement mobilisables. Il répond à la première attente exprimée par les dirigeants interrogés dans le baromètre (48 %). Sa parution est prévue en mars 2027.

En savoir plus : Santé mentale : comprendre les enjeux et bénéficier d’un accompagnement adapté